Cette nuit, en papotant tranquillement entre filles, j’apprends quoi : la prof, celle que je trouve magnifique, une femme comme on n’en rencontre pas deux, un regard indéfinissable tellement il me tient. Elle est belle complètement inaccessible, et ça m’est bien égal, je n’ai aucune envie de faire autre chose que la regarder. Elle a très certainement un homme et des enfants, et ça m’est bien égal, tant que je peux regarder ses yeux, sans rien chercher de plus que son regard. Il n’est question ni de contact, ni d’échange, ni de caresses, simplement ses yeux.

Et j’apprends, cette nuit en papotant, vers 3h du matin, qu’elle est homo.

Le choc.

Indescriptible.

Je saurai même pas formuler ce que ça m’a fait, c’était complètement irréel, cette personne pour qui je n’ai aucun désir mais qui me fascine tellement, qui a ce point commun avec moi, elle est homo. Et là je la vois complètement différement, je la regarde autrement, mais son regard, je sens qu’il me fera toujours la même chose.
En même temps je le saurai jamais, je ne l’ai plus en cours depuis un bon moment donc je ne la vois pas.

Après 2h de sommeil, je me lève, je vais en cours, rien de spécial à noter quelques allusions des révélations sur cette prof, rien de plus. Je sors pour rentrer manger chez moi, et je tombe face à sa copine : la même, en moins bien. Je sens mon coeur s’accélérer, une sensation étrange : l’info que je n’ai toujours pas assimilée devient soudain réelle, concrète.

Je vais manger chez moi, le speed, je retourne presque en courant à la fac, il y avait la consultation des copies et je voulais vraiment avoir le temps de regarder mes feuilles. J’ouvre la porte d’un coup : c’est bon, c’est la bonne salle, je reconnais les visages.

Et qui s’occupe de nous montrer nos copies?

Elle, bien sûr, alors que je l’ai pas vue depuis plus de six mois, le jour où j’apprends qu’elle est homo, je me retrouve face à elle. Les copines se marrent bien, et apparemment, j’avais un sourire banane qui me traversait le visage, indécrochable. Je me rendais bien compte que je souriais, je me rendais pas compte à quel point c’était anormal pour moi de sourire comme ça. Je souris toujours, mais rarement autant.

Nous étions très peu, alors on parle, j’attrape son regard : toujours le même, impossible de m’en sortir, magnifique, je suis obligée de me concentrer pour écouter ce qu’elle me dit.

Je m’asseois, je regarde ma copie, on parle, on rigole beaucoup, beaucoup de sourires en coin, je ne sais même plus quoi dire, alors je dis pas grand chose.
Et puis elle parle à quelqu’un que je connais, alors je l’écoute.
Et je la regarde.
Je la détaille, son profil, son corps, ses mains, sa manière de se tenir, de parler. De regarder les gens.

“YOUHOUUUUUU mais tu m’écoutes pas??”
C’était la première fois de ma vie que ça m’arrivait, du haut de mes 20 ans : j’étais tellement captivée que je n’ai même pas entendu que quelqu’un juste à côté de moi me parlait, et depuis un bon moment. D’habitude, je me rends toujours compte quand quelqu’un me parle, même quand je décide de pas écouter, je sais qu’on me parle.

Mais, j’avais l’impression que ça se voyait, je me rendais à peine compte que je la détaillais, et je me disais que dès qu’on me parlerait je me détournerait.
Mais non, on m’a parlé un moment, et j’ai rien capté. Vraiment rien. Je pensais que ça pouvait pas arriver comme ça, qu’il y avait toujours une part de “fait exprès”, mais là non, je croyais ne pas être focalisée sur elle, être simplement en train de la regarder, mais non, je la détaillais et j’avais oublié tout ce qu’il y avait autour de moi.

Une sensation bien étrange, mais non c’est pas de l’amour, je suis pas si bête, simplement l’envie de la regarder.

Sur ce, on sort, on va en cours, on observe la mise en situation de groupe, on fait des commentaires, comme d’habitude, on est moins attentifs que les autres jours, mais bon, on a pas beaucoup dormi faut dire.
Et il y a cette fille, C., on la déteste toutes, elle est arrogante à un point inimaginable, elle nous méprise, et elle méprise les profs, elle se moque ouvertement, elle rigole de nous voir, nous les étudiants moutons. Et elle se moque de ce groupe, et de ce qu’on en dit, et de notre débat, ça la fait bien rire, et nous, surtout deux d’entre nous, A. et moi, ça a tendance à faire chauffer nos envies de frapper.

Bref, on continue de débattre, et au bout d’un moment, ce copain, Ac., me sort “J’adore tes interventions!”, et moi de répondre “Mais t’es dégueulasse!!”, et lui “Mais pourquoi?” “Ah pardon t’étais sincère??”, “Eh beh bien sûr!!” “Ah d’accord, pardon, merci beaucoup alors!!”. Je me retourne vers le prof “Pardon, euh excusez-nous, allez-y, pardon”, et lui “non mais regardez ce qu’il se passe entre ces deux-là, c’est très très intéressant!”, et il continue en faisant bien comprendre qu’on est un vrai couple.

Beau fou-rire général, d’après ce qu’on m’a dit j’ai rougi, mais Ac et moi, on s’est regardés et on riait encore plus, ils étaient pas beaucoup à comprendre, tout le monde ne sait pas que je suis homo, mais rare sont ceux qui savent que Ac l’est aussi.

Peu ont compris, ils ont pris notre hilarité pour de la gêne et se sont dit qu’il y avait sûrement du vrai là-dedans. Mais lui et moi, et ceux qui savent, on a bien rigolé.

A notre groupe de faire une mise en situation, on se retrouve tous autour des tables, 10 personnes. Ac se met à un bout, je décide de présider de l’autre côté, on décide qu’on fera les trublions, tout pour que l’exercice foire. Mais là, C. se joint à notre groupe, et se met à la place la plus proche de moi. Impossible, je sais très bien que je risque de lui en coller une si elle est si près, alors je me lève, et je vais me mettre à côté de Ac, en face d’une de ceux qui savent, M., à côté de M., il y a A., qui est aussi très remontée contre C., sûrement plus que moi. Ah ça c’est sûr, on va bien se marrer.

Et là, le prof désigne l’animateur : C.

Il pouvait pas faire pire.

Elle sera notre chef, celle qui nous fait taire. Et moi qui doit jouer le rôle du trublion, ça, je vais le faire, c’est sûr. J’y ai mis toute ma bonne volonté, et j’ai très bien réussi : elle a pas su faire l’animateur, elle m’a pas fait taire. C’est Ac, qui est finalement parti au tableau avec elle, qui essayait de me dire de me calmer, sauf que je le savais très bien, il faisait ça pour que ce soit encore pire, et moi de lui faire remarquer qu’il n’est pas l’animateur et que c’est pas à lui de me faire taire.

C. essaie vainement de faire l’exercice, elle ne prend pas de décision, elle fait ce qu’on lui dit : dommage, elle devrait faire pile l’inverse : on fait des suggestions, à elle de prendre la plus pertinente, pas de commencer à les appliquer pour en rire quand elle se rend compte que c’est pas la meilleure, ou qu’on a pensé à autre chose : on a plusieurs idées, à elle de les faire se coordonner, mais non, elle attend qu’on se coordonne entre nous pour lui proposer la meilleure : elle passe à côté de son rôle.

Alors moi, après tout ce qu’elle a pu me faire, je prends un malin plaisir à ne pas l’aider, à parler de ce qu’il y a dehors, à aller chercher d’autres moyens de faire l’exercice, à solliciter les observateurs : je suis le trublion oui ou non?

C. se contente de faire à son idée, A. essaie de lui faire comprendre des trucs, mais C. refuse complètement de l’écouter, elle crie plus fort qu’elle… un carnage, je me détourne de tout, de mon rôle de trublion, de l’exercice, du groupe, et je prends une feuille et je commence à me concentrer sur l’exercice, tranquille. De temps en temps Ac me relance, mais je réponds vite fait, je sais très bien maintenant que si je m’y intéresse de nouveau, je vais vraiment m’énerver sur C., elle elle est énervée, elle a du mal à se contenir, je suis sûre que A. aussi, alors mieux vaut que je reste dans mon truc et que je lui accorde aucune attention. J’aime pas lui donner le pouvoir de m’énerver, elle le mérite pas.

A la fin, on n’a pas résolu l’exercice, quelqu’un dit que l’animateur a pas rempli son rôle, le prof dit que l’animateur a pas été aidé, et moi de dire que vu le groupe, on avait pas forcément envie qu’il réussisse, pas forcément envie d’aider l’animateur.

Le prof hallucine, il a jamais vu ça, il comprend pas, je lui dis qu’il faut voir aussi les tensions qu’il y avait entre nous à la base.

Finalement, M. me dit d’arrêter d’accorder autant d’importance à C., qu’elle en vaut pas la peine et que ça changera rien.

Et comme pour quand je regardais la prof, je croyais justement que je lui accordais pas d’importance, mais en fait si, même si je souhaiterai que non.

Dommage, je peux pas finir l’article, l’histoire de la journée est retranscripte, et l’essentiel de mon ressenti y est, j’aurai simplement aimé pouvoir y réfléchir plus longtemps, prendre du recul…

Plus tard!

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février 10, 2009

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On dirait pas, mais c’est très long à faire ce petit machin!

Bravo!

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Celle-là, je l’adore…

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La gare …

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